Elle peint les êtres, la nature, les choses, tels que dans la vie, mais à travers sa sensibilité personnelle : des jeunes femmes reposant au jardin, telle autre attentive au piano dans l'ombre de la demeure, la nature ensommeillée sous la chape de la neige ou les arbres s'éveillant au printemps. Ainsi dit-elle les choses de la vie, dans une technique apparemment simple tant elle est maîtrisée, et d'ailleurs diversifiée par la brosse ou le couteau à peindre selon les thèmes, les choses de la vie dans la vérité de leurs tons locaux mais subtilement réorchestrés, en majeur quand elle partage le plaisir de Bonnard, en mineur quand c'est la nostalgie de Balthus.

E. Benezit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, vol. 5, p.906, 1999.


Marie Laurence Gaudrat, dont une récente exposition a confirmé, s'il était besoin, le talent, la rigueur et l'intégrité, réalise pleinement, dans, sa peinture, cette harmonie fondée sur cette complémentarité de l'ombre et de la lumière, sur cette consonance des tons, qui rendent le monde vivable et respirable. Il y a quelque chose d'intensément religieux dans ces tableaux où règne une manière de silence, où les murs et les toits d'un village s'accordent à l'épaisseur de la terre et à la subtilités des ciels, où la courbe du front d'une jeune femme pensive épouse la retombée des branches d'un arbre, où le simple spectacle de la rue même donne comme l'image d'une Jérusalem céleste. Je ne sais rien des croyances de Marie Laurence Gaudrat, mais ce dont je suis sûr, c'est que son art, âprement, patiemment, consciemment élaboré et construit, fait advenir l'immutabilité du réel, c'est-à-dire du bien et du beau, par delà la fugacité et l'incohérence du monde et des choses. Le patrimoine spirituel légué par Poussin, Corot ou Cézanne est en de bonnes mains.

Michel Marmin, Eléments, n° 94, février 1999.


Avec les années, la brosse a gagné en largesse. Les jaunes de chrome se fondent librement dans les masses émeraudes des feuillages. Les reflets colorés d'un plat de faïence ocre, de quelques pommes vermillonnées, qui se gravent dans le métal froid de la cafetière, sont devenus plus incisifs. La margelle du lavoir fixe dans ses ombres une déclinaison de gris bleutés qui trahit l'usure du temps. Sûre désormais de ses moyens, Marie Laurence Gaudrat poursuit, de toile en toile, sa quête d'une expression propre, en retenant dans la texture granuleuse de sa pâte la plénitude d'un instant de bonheur. Sa récente exposition consacrée aux vieux quartiers de paris, de la place Saint-Sulpice au marché d'Alésia, témoigne de cette originalité profonde, qui, pour un peintre, est autant dans son intellect que dans son regard. Un point de vue singulier suffit parfois pour modifier l'apparence du site le plus familier. Le dôme de l'Institut, considéré, de bas en haut, depuis le petit square voisin, prend, sous la lumière dorée du printemps, le profil d'une coupole romaine. Une composition toute en frise, avec un point de fuite décentré et placée très loin dans la toile, comme La rue de l'Arbalète, révèle une solidité des valeurs d'ascendance masacienne. Avec ses ombres trouées de lumière et ses lumières plaquées d'ombres, les vieux pans de murs des immeubles, un tantinet de guingois, presque affaissés sur eux-mêmes, dissimulent une scénographie originale sous les apparences de la tradition.

Patrice Dubois, Univers des Arts, n° 6, avril 1995.


Par son souci de justesse à peindre le réel, Marie Laurence Gaudrat est une "romancière" de la peinture au sens de la discipline de l'École française : jeune fille lisant à l'ombre d'une fontaine à l'heure de midi sur une place de Provence, regard de femme dans la glace d'un mas vers une autre femme qui dort à l'heure du farniente. La vie est peinte, immobile, dans la saveur des transparences, des demi-tons. Rien de fortuit dans cet art qui n'élude aucune des valeurs picturales : dessin, forme, couleur, composition, matière… Gaudrat allie l'ordre et la vérité dans une sérénité éloquente, une grandeur mesurée, sans excès, sans lâché de forme. La matière est grenue, lentement travaillée pour donner les plus tendres roses ombrés, des gris bourrachés translucides et perlés, des violets cendrés, des blancs cassés et baptismaux. Au loin dans le jeu des dégradés, gouttent la lumière et les ocres mordorés. Une vérité peinte empreinte de charme. Chaque personnage est dans ses réflexions, ses pensées, ses rêves, chaque paysage est dans la juste atmosphère.

Guy Vignoht, Arts Actualités Magazine, mars 1991.


Ce point de départ pris dans la réalité est aussi le propre des paysages de Gaudrat. Tantôt le tableau éclate, s'emplit de clarté et respire comme dans celui intitulé Matinée au port des mariniers, tantôt la facture devient plus rapide et retrouve un flou caractéristique de l'atmosphère dans laquelle baignent les peintures de Gaudrat, telle que la gouache de L'Écluse. Cette dernière entre dans un thème générique qu'on pourrait résumer de " paysage avec eau ". En effet, l'élément aquatique prend la place de leitmotiv dans les tableaux de Gaudrat.
En somme, les toiles de Marie Laurence Gaudrat nous enseignent comment vivre mieux dans notre monde, en y trouvant les plaisirs premiers, les vraies valeurs et la poésie qui s'y dissimulent.

Christophe Nemoz-Rajot, Les Affiches (Grenoble), 1986.


Marie Laurence a acquis ainsi, à force d'observer la nature, de décanter ses sensations un sens particulier des formes : de leur essence et de leur imbrication. Elle sait les lier dans leur rythme, leur ton propre et surtout leur valeur. Les effets de matière qu'elle varie en fonction des moments du tableau, alternant les plages au couteau et celles à la brosse, et parfois les conjuguant, donnent à sa peinture une cohérence d'expression singulière.
Ici, une touche grenue, qu'elle transpose même dans ses gouaches, restitue la rugosité de l'écorce des arbres ; là une écriture plus fondue, posée dans le frais de la matière, suggère les crépis des murs usés ; là encore des tons marbrés, travaillés d'une lame volontaire, ressuscitent la vision mélancolique d'une figure découverte dans l'ombre.
Mais l'aspect le plus original de l'art de Marie Laurence Gaudrat réside probablement dans ses compositions d'intérieurs, des scènes d'atelier qui annoncent dirait-on de nouvelles ambitions. Qu'elle se représente seule ou parmi ses compagnons, le regard énergique ou perdu, elle aura su renouveler par ses larges mises en page un thème qui avec ses exigences de synthèse, des primitifs à Pierre Bonnard, a toujours retenu l'attention des meilleurs.

Patrice Dubois, Hospitalisation Privée, n° 228, décembre 1982 - janvier 1983.